Hôpital militaire de Ouakam : Le bataillon des toubibs, emblème de l’armée-nation

Le Soleil

Le 17/07/2020

L’Hôpital militaire de Ouakam (Hmo) s’est forgé une grande notoriété dans l’univers de la médecine grâce à la qualité de ses services. Gérée de main de maître par l’Armée, l’infrastructure hospitalière de niveau 2 ne souffre pas de la « concurrence ». Malgré son nom sans équivoque, cette ancienne infirmerie accueille beaucoup plus de civils que de militaires.

Reportage de Oumar FEDIOR

Le soleil flambe. Le sol se déchire et croule sous le poids des va-et-vient incessants. Les entrées sont contrôlées par des militaires. En face de la porte principale, se dresse un quelconque bâtiment de couleur jaune. C’est pourtant là que se trouvent les bureaux de la directrice de l’hôpital. Ici, tout est sobre. Pas trop de formalités. Dr Youhanidou Wane semble débordée. Mais, en milieu militaire, les rendez-vous sont respectés avec la plus grande rigueur. Malgré son agenda chargé, la directrice prend le temps de parler de l’hôpital avec fierté. Que de chemin parcouru pour se forger une réputation de qualité. «L’hôpital militaire de Ouakam (Hmo) est un établissement hospitalier militaire placé sous la tutelle du directeur de la Santé des Armées. Il est jusqu’à présent classé hôpital de niveau 2 fonctionnant avec un conseil d’orientation de surveillance présidé par le Chef d’Etat-major général des Armées (Cemga)», explique-t-elle d’emblée.

C’est en 1947 que tout a commencé, en réalité. A l’époque, on parlait de l’Infirmerie hôpital de Ouakam (Iho). Dr Wane rappelle, en effet, que la structure était, pendant la colonisation, un centre de convalescence de l’Afrique occidentale française (Aof). Il est devenu en 1960 un Centre médical de garnison (Cmg). Avec le développement de l’armée nationale et une réorientation des missions qui lui sont assignées, il devient, en 2008, l’Hôpital militaire de Ouakam. Il a d’abord été dirigé par le Colonel Serigne Mamadou Saré, ensuite par le Colonel Eric Wilson remplacé par le Colonel Ndiaga Loum qui, à son tour, sera suppléé par la première femme au poste de commandement, le Docteur Youhanidou Wane.

La rigueur militaire, l’arme secrète

Les Sénégalais qui ont visité l’hôpital militaire de Ouakam sont unanimes sur au moins une chose : la satisfaisante qualité de service. De l’accueil à la prise en charge médicale, tout est fait dans la plus grande rigueur. Souffrant de problèmes de vessie, un homme, la soixantaine révolue, a presque fait le tour des hôpitaux du Sénégal. «C’est dans cet hôpital que j’ai trouvé le salut», confie-t-il. «Je n’ai jamais su que les civils pouvaient y être suivis. C’est un cousin qui s’est soigné là-bas qui m’en a parlé et je ne le regrette pas», dit-il. Pour la directrice, il ne faut pas chercher loin, «la force première de l’Hmo, c’est d’être d’abord une structure militaire entièrement régie par des textes de l’armée. Ensuite, nous avons la chance d’avoir un personnel regroupant des praticiens militaires jeunes avec une majorité d’anciens internes des hôpitaux».

En effet, souligne-t-elle, le fait de travailler dans un environnement militaire est évidemment un avantage pour l’organisation des activités, le respect de la hiérarchie et la disponibilité du personnel. «Le réflexe de rendre compte à son supérieur après l’exécution d’une tâche contribue à réduire les pertes de temps et à mettre toute une équipe au même niveau d’information pour ce qui a trait à la prise en charge d’un malade», assure-elle. Dans le souci de relever le niveau des infrastructures, les autorités ont mis des équipements de dernière génération mis à sa disposition pour offrir aux usagers des soins de qualité dans des délais raisonnables.

Plus de 80% des patients sont des civils

En cette matinée de lundi, le Soleil est peu clément, même si quelques arbres donnent de l’ombre. A l’entrée, les malades continuent d’affluer. Ici, la phobie des hôpitaux qui a gagné bon nombre de Sénégalais depuis l’apparition de la Covid-19 ne semble pas s’être emparée de l’Hôpital militaire. « A vrai dire, nous sommes submergés», reconnaît la directrice, Docteur Youhanidou Wane. «Toutes les activités ont augmenté de manière exponentielle. Les consultations, les hospitalisations, les interventions chirurgicales, les examens de laboratoire, les examens d’imagerie, les soins dentaires et les ventes en pharmacie. Ni les dentistes, ni les Orl, encore moins les ophtalmologistes n’ont arrêté leurs activités. Ils se sont donnés avec un dévouement remarquable pour maintenir un tel niveau d’activité en ces périodes de doute et d’incertitudes», soutient-elle. Cependant, précise-t-elle, «même si plus de 80% des patients qui fréquentent la structure sont des civils, la mission première de l’Hmo est de soigner les militaires, le personnel civil des armées ainsi que les membres de leurs familles mais il peut participer à la mission de service public dans le cadre de l’armée-nation».

90% du personnel sont militaires

Même s’il est encore un hôpital de niveau 2, l’Hmo mène déjà des activités de niveau 3. C’est ce que révèle sa directrice. Un travail de titan abattu par un effectif de 190 agents qui émargent à la fonction publique. «90% des effectifs sont des militaires. Nous contractons aussi avec 105 vacataires. C’est ce qui nous permet de couvrir la demande et d’assurer la disponibilité du service à temps plein», renseigne-t-elle.

DR YOUHANIDOU WANE, DIRECTRICE DE HMO

Première femme nommée à un poste de commandement

Son bureau n’est pas un bunker. Ses collègues n’hésitent pas à y faire un tour. Son commerce facile n’y est pas étranger. Première femme à être nommée à un poste de commandement, Dr Youhanidou Wane a trimé pour jouir d’une réputation très enviable. Pur produit de l’Ecole militaire de santé, de la 3 e promotion comportant des femmes, l’actuelle directrice de l’Hôpital militaire de Ouakam a d’abord servi comme médecin généraliste dans deux centres médicaux de garnison avant d’être désignée, en 1997, pour être déployée sur une zone d’opération extérieure, au Congo plus précisément. «C’était la première fois qu’un personnel féminin était désigné », se souvient-elle.Mais la mission n’ira pas à son terme. En effet, les évènements tragiques de Mandina Mancagne en Casamance ont changé la donne ; le contingent ayant été redirigé vers la Casamance. «C’était aussi une première fois pour un personnel féminin de se retrouver dans une zone de tension. C’était une expérience enrichissante. Après un séjour de trois mois, j’ai été affectée à la Gendarmerie nationale où j’ai servi pendant trois ans», se rappelle-t-elle, les souvenirs refluant. C’est de là-bas que lui est venue l’envie de se spécialiser en gynécologie obstétrique.

Dr Youhanidou Wane met alors les bouchées doubles pour réaliser son rêve. Une fois la spécialisation en poche, une lourde mission lui est confiée. Elle doit mettre en place une maternité dans l’Infirmerie Hôpital de Ouakam. Une maternité qui a joué un rôle important dans la lutte contre la mortalité maternelle. «C’est à partir du poste de chef de service que mes supérieurs ont décidé de me confier la gestion de l’hôpital et ce, depuis juin 2019», dit-elle, fière d’être utile à la communauté.

Iba Der, la bourse et Dakar Bango…

Ainsi, la difficile et exaltante mission d’être à un poste de commandement, menant des hommes et des femmes, lui est confiée. Mais pour cette dame de défi, «le commandement n’inclut pas le genre. Il dépend de la personnalité et du leadership intrinsèque. Les bases nous sont inculquées dès notre formation initiale. Il s’agit de dérouler, avec la rigueur et le respect des règles qui font de l’armée une institution exemplaire ».

Sa vie pouvait pourtant suivre les allées d’un autre destin. «Si vous n’aviez pas été militaire, que seriez-vous ?» «Je serais peut-être architecte», répond-elle. Un coup du destin l’en a sans doute empêchée. Alors qu’elle venait de décrocher son baccalauréat, elle obtient une bourse. Elle rêve de poursuivre ses études en France, malgré son admission au concours de l’Ecole nationale de santé militaire. En effet, se souvient-elle, «c’était en 1986, je voulais faire Maths-Physiques. Cette année-là, le Professeur Iba Der Thiam, alors ministre de l’Education nationale, avait décidé que l’Etat du Sénégal n’accorderait plus de bourses à l’étranger pour des formations disponibles au Sénégal. Nous n’étions que deux à en avoir bénéficié». Alors qu’elle démarrait sa formation à Dakar-Bango, son père débarque et lui annonce la bonne nouvelle. «J’étais très contente», se souvient-elle, nostalgique. Mais la joie a été de courte durée. Pour son père, un haut cadre de l’administration sénégalaise, il était hors de question d’abandonner la formation pour l’étranger. «Il a fini par me convaincre. Mais j’avoue que ça n’a pas été difficile, parce que jeune, j’aimais déjà être aux petits soins. Quand j’allais en vacances au Fouta, je payais les jeunes, juste pour leur ôter les épines du pied», se remémore-t-elle.

Par Abate. Adore
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